En route pour le Canal Beagle « Brazo Noroeste Del Canal Beagle » . Un des grands attraits de ce périple après le Cap Horn. Nous remontons donc vers Ushuaia et passons au large de la Baie, avec une vue sur le Glacier Martial. Notre objectif est de nous rendre à Yendegaya, un parcours de 42 miles nautiques dans la journée. Au bout d’un petit fjord, sur une approche de 6 miles , nous atteignons la Caletta Ferrari, à l’Estancia Yendegaya, ou nous mouillerons pour la nuit. Position 54o51 S 68 48 W. Le panaroma est splendide en 360 degrés : il s’agit d’une immense vallée glaciaire, encadrés de montagnes taillées à la serpe. Au fond de la baie , il y quelques maisonnettes et chevaux en liberté. Yendegaya, c’est la rencontre inoubliable de Jose, Gaucho de l’Estancia. Sa vie est digne d’une nouvelle de l’écrivain chilien Coloane. Veillant sur cette propriété de 44 000 ha, ses seuls compagnons sont ses chiens et ses chevaux. Il y a quelques années, Annemy, une belle jeune femme européenne, est arrivée en voilier avec son conjoint, mais elle ne repartira pas. Elle « tombe en Amour » pour cet homme au mode de vie hors de nos standards ! Depuis 7 ans elle partage sa vie, loin de tout , de tous , isolés dans cette baie. Seuls les voiliers, et à l’occasion un ferry arrêtent. Ici il y a une écurie, deux petites maisons dont l’une est la leur et l’autre sert à des travailleurs ou pêcheurs occasionnels. Et il y a une écurie . Autant vous dire que Annemy aime la visite et cette fois nous sommes une majorité de femmes de quoi jaser chiffon !
Donc la journée suivante nous prenons repos de la voile et décidons de mettre pied à terre ou presque ! En selle pour trois heures de randonnée accompagnée par Jose, Annemy et leurs chiens. Les chevaux sont des criollos argentins, descendants directs des chevaux espagnols importés par les colons lors de la conquête. Leurs ancêtres sont des pures races espagnols et des Barbes. Il s’est adapté aux plaines d’Argentine et est devenu le cheval de chasse et de travail des gauchos dans les Estancias. D’un bon pied ils vont nous conduire hors des sentiers battus, à travers les chemins non balisés, les grands espaces de l’estancia avec de superbes paysages. On se sent libre ! Libre de trotter, galoper, pas de queueleuleu obligé si tu maitrises ta monture. Comme on dit on se gâte. Arnaud nous devance avec Jose, avide de galoper ! Les chiens sont en chasse après les lièvres et renards ! Sur le chemin Jose ramasse une superbe plume ! C’est une plume de Condor ! Fascinant ! je vais repartir avec, un vrai cadeau du ciel ! Soudain ce sont les bruits des sabots d’autres chevaux qui nous alertent. Là face à nous postés dans la rivière, trois superbes criollos sauvages viennent à notre rencontre ! ouah belle émotion ! Après une pause nous reviendront au galop pour certains, au pas pour d’autres jusqu’à l’écurie. Jose est parti à la chasse. Pour se nourrir il faut , chasser : taureaux, chevaux sauvages ou pêcher ! En soirée, nous sommes invités au barbecue avec eux et un couple de skippers qui profitent également du mouillage, des balades à pied et à cheval. La soirée s’annonce belle, le ciel est dégagé. Nous prendrons l’annexe pour nous rendre à terre. Apéro sympa en plein air pendant que Jose nous grille de la viande de mouton et, du cheval ( fraichement tué ! ) . On ne veut pas avoir les détails de sa chasse, mais il va pouvoir nourrir tout le monde et les chiens pour quelques jours !
Et vous ne me croirez pas, je vais goûter par respect de l’invitation et une certaine curiosité. Je ne suis pas si fermé, il y des fois ou on ne peut pas être difficile ! Moi qui ne mange quasiment pas de viandes ! Ici j’ai eu mon quota pour quelques mois ! Mais c’est ça il faut s’adapter à un autre mode de vie, d’autres habitudes, et ça nous fait évoluer. L’expérience vécue à Yendegaya est mémorable, un de mes meilleurs moments du voyage.
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