Tout le monde est prêt. Nous quittons la Baie de Ushuaia pour
entrer sur le Bras Nord du Canal de Beagle, en direction de Puerto Williams au
Chili, l’unique ville sur l’île de Navarino, port d’entrée officiel des bateaux vers le Cap Horn et
l’Antarctique. Ce passage dans
cette ville australe, base militaire, à 75% de ses 3000 habitants est
obligatoire pour délivrer le permis de navigation sur le Beagle et le Cap
Horn. Le temps est au beau fixe,
le vent en notre faveur. Une fois
partis, Juliette nous présente les termes et les
manoeuvres de navigation, un récapitulatif pour certains et pour d’autre, comme
Geneviève, c’est l’incompréhension totale ! Tout sur un bateau à un nom
qu’il s agisse de la coque du grément, des manœuvres, utiles, mais
indispensable. Si je
« lofe », « abat »ou « affale », le mot est
clair, précis, unique à toute opération souvent complexe. Et il faudra
comprendre rapidement parfois dans l’action ! Mais pas de stress, nous
avons plusieurs jours pour essayer d’assimiler quelques rudiments ! Chacun
fera de son mieux et selon ses
compétences, une fois à la barre, à « l’écoute de trinquette »
ou « de grand voile », « chockera » , ou
« bordera » selon les manœuvres.
Alors nous voilà, avec pour premier objectif, de nous rendre au
Cap Horn , et de passer cette île rocheuse, battue par le vent ou les deux
océans, viennent s’éteindre de monstrueux baisers, à 55 miles nautiques de
Ushuaia ! Passage mythique de
l’histoire maritime : en 1480, Jean Cabot d’Angleterre et son fils ont
pour projet d’atteindre l’asie,
ils prendront le passage. En 1616 la flotte hollandaise de Schouten et
Lemaire, tous deux capitaines originaires de la ville de Horn sur
Zuiderzee, doubla le Cap. Devenu un passage obligé de la voie
maritime du temps de la ruée vers l’or, du temps des clippers, du temps des courses
à la voile, …., il a fait honneur à sa réputation, et qui l’atteind, devient Cap Hornier !
La météo du début de voyage est belle jusqu’au Cap Horn,
température autour de 12 degrés,
avec des vents du Nord
Ouest en notre faveur, un temps dégagé avec une visibilité exceptionnelle ce qui nous permet de
profiter au maximum de ses paysages insolites ! Nous l’atteindrons par
étapes :
la 1ière
est à Puerto Williams, à 28 miles nautiques de Ushuaia. Ce n’est pas l’armée
qui nous accueillent mais les canards, les oies sauvages, et un petit groupe de
pingouins de Magellan, à l’entrée dans cette petite baie. Au quai, le dit
« ponton », le maître des lieux, une épave à laquelle vienne
s’amarrer des visiteurs, le petit cargo Micalvi, échoué ici depuis 1962, un
endroit mythique. En effet non seulement il y a trois douches (c’est précieux !
) mais surtout grâce à son bar le plus austral au pays, celui du Yacht club de
Micalvi, au plancher croche et son plafond bas. Comme on dit si bien, c’est ici
que « l’on écluse pas mal de verres » avec d’autres skippers, patrons
de voiliers charters. C’est là que l’on attend la fameuse fenêtre du Grand Sud,
celle qui nous dira si l’on peut partir naviguer vers le Cap Horn , passer le
Drake et atteindre l’Antarctique. Une petite balade au cœur du village nous
familiarisera avec la base militaire, les résidents, les chevaux et chiens
sauvages. La Fenêtre s’annonce
belle pour demain….un ptit verre au Micalvi pour ouvrir la porte du Sud nous réchauffe la fin de soirée !
La deuxième étape est de Puerto Williams à Puerto Toro, soit 20 miles de plus, le village le plus austral du monde,
de quelques àmes. ( position 54o54 S 67o36 W ), soit un total de pas loin de 50 miles nautiques de Ushuaia. Nous
embarquons Skye, notre voisine à quai, l’amie de juliette, pour quelques jours de voile. Un peu de
changement pour elle que de séjourner sur son bateau d’expédition avec Ben son
conjoint et le matelos Magnus. Après avoir longé l’île Gable nous nous
dirigeons vers le village. Arrivés de bonne heure en après midi, nous mouillons à proximité du quai des pêcheurs de Centollas, ces gros
crabes genre araignées. Ils ont été péchés dans la journée ! Une belle
occasion d’échanger du vin, des produits, contre quelques uns de ces beaux
crustacés, pour le plaisir de tous sauf Juliette ! Et je ne vous dit pas,
ce fut un festin, une belle récompense après une randonnée au cœur de Puerto
Toro et ses alentours avec notre
jeune guide du village. Pendant que j’entame une partie de ballon avec
les les enfants du village encouragée par Geneviève, Arthur et Olivier sont écrasés sur l’herbe, c’est la
sieste au gré du vent face à la baie ! C'est dur la vie !
Après une bonne nuit, le ventre plein de centollas, nous profitons
de la fenêtre météo qui s’annonce bien pour se rendre au Cap Horn. Départ matinal, nous quittons le
mouillage et commençons notre descente, grand voile et foc montés. Le vent est favorable du Nord Ouest, nous filons vers l’Archipel des îles de Wollaston ( 4
îles et des îlots ) à l’extrême
sud du Chili, incluse dans le Parc National de Cabo de Hornos. Son nom vient du
savant britannique William Hyde
Wollaston . Après quelques bords
de près dans la brise, le bateau bien gîté , les visages rafraichis par les
embruns salins, tout le monde est sous l’émotion à l’approche de ce caillou
mythique ! Point de rencontre du Pacifique et de l’Atlantique , la région est réputée par les vents violents qui la balayent souvent. Certains le passent et ne le vois pas, d’autres ne l’atteindront pas ! Les plus téméraires le feront ! Ce n’est pas un hasard de dire qu’un homme n’est pas tout à fait le même après avoir doublé ce rocher lugubre sous 70 nœuds !.... De notre côté, le 8 Novembre 2011, chaque membre de l’équipage est devenu Cap Hornier !
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