11/23/2011

En direction du Cap Horn



Tout le monde est prêt. Nous quittons la Baie de Ushuaia pour entrer sur le Bras Nord du Canal de Beagle, en direction de Puerto Williams au Chili, l’unique ville sur l’île de Navarino,  port d’entrée officiel des bateaux vers le Cap Horn et l’Antarctique.  Ce passage dans cette ville australe, base militaire, à 75% de ses 3000 habitants est obligatoire pour délivrer le permis de navigation sur le Beagle et le Cap Horn.  Le temps est au beau fixe, le vent en notre faveur.  Une fois partis,  Juliette nous  présente les termes et les manoeuvres de navigation, un récapitulatif pour certains et pour d’autre, comme Geneviève, c’est l’incompréhension totale ! Tout sur un bateau à un nom qu’il s agisse de la coque du grément, des manœuvres, utiles, mais indispensable.  Si je « lofe », « abat »ou « affale », le mot est clair, précis, unique à toute opération souvent complexe. Et il faudra comprendre rapidement parfois dans l’action ! Mais pas de stress, nous avons plusieurs jours pour essayer d’assimiler quelques rudiments ! Chacun fera  de son mieux et selon ses compétences, une fois à la barre, à « l’écoute de trinquette »  ou « de grand voile », « chockera » , ou « bordera » selon les manœuvres.

Alors nous voilà, avec pour premier objectif, de nous rendre au Cap Horn , et de passer cette île rocheuse, battue par le vent ou les deux océans, viennent s’éteindre de monstrueux baisers, à 55 miles nautiques de Ushuaia ! Passage  mythique de l’histoire maritime : en 1480, Jean Cabot d’Angleterre et son fils ont pour projet d’atteindre l’asie,  ils prendront le passage. En 1616 la flotte hollandaise de Schouten et Lemaire, tous deux capitaines originaires de la ville de Horn sur Zuiderzee,  doubla le Cap.  Devenu un passage obligé de la voie maritime du temps de la ruée vers l’or, du temps des clippers, du temps des courses à la voile, …., il a fait honneur à sa réputation, et qui l’atteind,  devient Cap Hornier !

La météo du début de voyage est belle jusqu’au Cap Horn, température autour de 12 degrés,  avec des vents  du Nord Ouest en notre faveur, un temps dégagé avec une visibilité  exceptionnelle ce qui nous permet de profiter au maximum de ses paysages insolites ! Nous l’atteindrons par étapes :
 la 1ière est à Puerto Williams, à 28 miles nautiques de Ushuaia. Ce n’est pas l’armée qui nous accueillent mais les canards, les oies sauvages, et un petit groupe de pingouins de Magellan, à l’entrée dans cette petite baie. Au quai, le dit « ponton », le maître des lieux, une épave à laquelle vienne s’amarrer des visiteurs, le petit cargo Micalvi, échoué ici depuis 1962, un endroit mythique. En effet non seulement il y a trois douches (c’est précieux ! ) mais surtout grâce à son bar le plus austral au pays, celui du Yacht club de Micalvi, au plancher croche et son plafond bas. Comme on dit si bien, c’est ici que « l’on écluse pas mal de verres » avec d’autres skippers, patrons de voiliers charters. C’est là que l’on attend la fameuse fenêtre du Grand Sud, celle qui nous dira si l’on peut partir naviguer vers le Cap Horn , passer le Drake et atteindre l’Antarctique. Une petite balade au cœur du village nous familiarisera avec la base militaire, les résidents, les chevaux et chiens sauvages.  La Fenêtre s’annonce belle pour demain….un ptit verre au Micalvi pour  ouvrir la porte du Sud nous réchauffe la fin de soirée ! 

La deuxième étape est de Puerto Williams à Puerto Toro,  soit 20 miles de plus, le village le plus austral du monde, de quelques àmes. ( position 54o54 S 67o36 W ),  soit un total de pas loin de 50 miles nautiques de Ushuaia. Nous embarquons Skye, notre voisine à quai, l’amie de juliette,  pour quelques jours de voile. Un peu de changement pour elle que de séjourner sur son bateau d’expédition avec Ben son conjoint et le matelos Magnus. Après avoir longé l’île Gable nous nous dirigeons vers le village. Arrivés de bonne heure  en après midi, nous mouillons  à proximité du quai des pêcheurs de Centollas, ces gros crabes genre araignées. Ils ont été péchés dans la journée ! Une belle occasion d’échanger du vin, des produits, contre quelques uns de ces beaux crustacés, pour le plaisir de tous sauf Juliette ! Et je ne vous dit pas, ce fut un festin, une belle récompense après une randonnée au cœur de Puerto Toro et ses alentours avec notre  jeune guide du village. Pendant que j’entame une partie de ballon avec les les enfants du village encouragée par Geneviève, Arthur et Olivier  sont écrasés sur l’herbe, c’est la sieste au gré du vent face à la baie ! C'est dur la vie !

Après une bonne nuit, le ventre plein de centollas, nous profitons de la fenêtre météo qui s’annonce bien pour se rendre au Cap Horn.  Départ matinal, nous quittons le mouillage et commençons notre descente, grand voile et foc montés. Le vent est favorable du Nord Ouest, nous filons vers l’Archipel des îles de Wollaston ( 4 îles et des îlots )  à l’extrême sud du Chili, incluse dans le Parc National de Cabo de Hornos. Son nom vient du savant britannique  William Hyde Wollaston .  Après quelques bords de près dans la brise, le bateau bien gîté , les visages rafraichis par les embruns salins, tout le monde est sous l’émotion à l’approche de ce caillou mythique !  Point de rencontre du Pacifique et de l’Atlantique , la région est réputée par les vents violents qui la balayent souvent. Certains le passent et ne le vois pas, d’autres ne l’atteindront pas ! Les plus téméraires le feront ! Ce n’est pas un hasard de dire qu’un homme n’est pas tout à fait le même après avoir doublé ce rocher lugubre sous 70 nœuds !.... De notre côté, le 8 Novembre 2011, chaque membre de l’équipage est devenu Cap Hornier !



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